Sept secondes. Bien que je ne pouvais pas les voir, je ressentais les nombreux regards qui convergeaient vers moi, emplis de haine et de rancœur, pour si peu de choses.
Six secondes. La chaise sur laquelle j'étais comme ancré était vraiment inconfortable, le visage voilé et humidifié.
Cinq secondes. L'enfance défile devant mes yeux. Mon enfance, faite de souvenirs, de l'insouciance et de l'innocence. Des images simples propulsées qui, dans mon esprit, prenaient tout leur sens. C'est passé bien vite, trop, peut-être.
Quatre secondes. Parmi les souvenirs, le plus récent revint. J'avais vingt ans, depuis quelques heures, et la fête battait son plein, aspergeant les murs de mon studio de vapeurs festives, d'éclats de rires et de la présence chaleureuse de mes meilleurs amis qui m'entouraient. Ce jour là, je compris que je n'oublierais jamais cet anniversaire, et je ne croyais pas si bien dire.
Trois secondes. Dans la masse des conviés, il y avait cette femme. C'est bizarre, mais je n'avais pas le souvenir de l'avoir invitée. Je la détestait. Avec ses airs de fille de joie superficielle dont les seules intentions devaient sans doute être d'aguicher la gent masculine. Mais en vue de ses mensurations idéales, et avec le climat de la fête, il aurait été tellement dommage de laisser passer une occasion pareille. Après quelques verres, je l'invitais alors dans ma chambre, oubliant complètement ma rancœur légendaire pour sa personnalité immature.
Deux secondes. Nu, son corps était encore plus magnifique, exposant à l'air libre la cambrure légère de ses cuisses et sa poitrine parfaite. Et on est passés à l'acte. La musique de la soirée, déjà étouffée par la porte fermée, était donc difficilement audible, couverte en plus par les sons orgasmiques qui s'extirpaient par à-coups de la gorge de la bonne femme. J'en déduisais logiquement que les autres convives, tout aussi heureux, n'entendaient absolument rien de notre folie de besoins charnels. Au paroxysme du plaisir, j'étais comblé. Trop comblé. Pour éviter à mon plaisir de s'effacer, j'ai pris lentement mon Beretta, posé négligemment sur la table de nuit. Elle, elle était encore trop concentrée sur mes va-et-viens toniques qui faisaient se mouvoir toute sa chair blanche, accompagnés par les doux sons d'une femme en jouissance totale. Si concentrée, qu'elle ne comprit pas lorsqu'un canon métallique froid rentra dans sa bouche, éclatant quelques dents au passage. Petite pétasse. Elle n'a pas comprit non plus lorsqu'après une pression de la détente, la culasse du revolver recula, la détonation surgit de l'obscurité, projetant une balle brûlante de neuf millimètres, qui défonça la tête de cette femme que je haïssais. A ce moment là, j'étais le plus heureux des hommes, et je riais, euphorique. J'entendis alors la musique se couper, des murmures monter, des bruits de pas précipités derrière la porte. Porte qui s'ouvrit, larguant dans la pièce des amis alcoolisés, qui m'approchèrent, appréhendèrent le reste de la putain dans mon lit. Certains fonçaient sur moi pour me ruer de coups, d'autres pleuraient. Et malgré tout, je riais, j'étais heureux, moi.
Une seconde. Quelle belle soirée ! Moi, je ne regrette pas.
Stop. « Paye pour ton crime, connard ! ». Et puis, plus rien.
Brocolis parmis tant d'autres ...
A moins de n'avoir été recommandé par une de vos connaissances, vous ne savez probablement pas le rôle des Brocolis Cosmiques. Au risque de répéter un certain David en vous disant que la "vérité est ailleurs", je vous informe simplement que les Brocolis publieront ici chaque semaine une nouvelle écrite par moi-même. Bonne lecture !
mardi 22 juillet 2008
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3 commentaires:
Sympathique nouvelle mon brave. Vous m'ferez 100 lignes pour la semaine prochaine, même heure, même endroit.
Ca serait pas du nihilisme ça?
Pas forcément. Si on admet qu'un crime du genre soit commis par l'absence pure de morale (qui en soit, peut-être une étape du nihilisme), là peut-être. Mais au final, "il" n'y aurait rien gagné, et la destruction qu'il a engendré (le crime donc) aurait causé sa propre destruction. Or, selon les théories, un nihiliste peut détruire mais pour recréer (on abandonne l'idée de scarification par exemple, qui n'est pas forcément comparable avec la mort). Et quand bien même le "héros" pensait mourir pour nourrir la nature de par sa propre putréfaction, il ne l'aurait probablement pas fait dans une chaise électrique, et plus généralement, un nihiliste tourné vers le lyrisme, ça existe ?
Autre théorie plus possible : notre gars était tout simplement bien bourré à son anniversaire au point d'en perdre les pédales !
A vous de voir :-)
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