Brocolis parmis tant d'autres ...

A moins de n'avoir été recommandé par une de vos connaissances, vous ne savez probablement pas le rôle des Brocolis Cosmiques. Au risque de répéter un certain David en vous disant que la "vérité est ailleurs", je vous informe simplement que les Brocolis publieront ici chaque semaine une nouvelle écrite par moi-même. Bonne lecture !

dimanche 27 juillet 2008

2,4 pieds sous terre

« Je t'aime, Lloyd. » Ca, c'est ce que je me répète constamment quand je le crois, les yeux rivés sur mes mocassins et m'efforçant de maintenir mes deux mains bourrues dans la terre, à cueillir des carottes, plutôt que d'empoigner le maigre cou de cet homme de toutes mes forces. Depuis une dizaine d'années il me semble, Lloyd a prit le contrôle d'Eagletree par un complot. Depuis, les paysans s'efforcent de vivre entre les pots-de-vins et le prolétariat. Imaginez un peuple devenu vide de combattivité, d'ambitions, qui préfère jouer les marches-pieds, et vous voilà dans ce qu'était mon village. Au début, tout allait bien, pourtant.Lloyd était sur le point de devenir Roi de la comté voisine, et entretenait des relations plutôt amicales avec les petits commerces naissants d'Eagletree Ce n'est qu'après son lourd échec alors qu'il devait porter à sa tête la couronne portant un aigle d'émeraude, qu'il revint au village, forcer le pouvoir en assassinant. C'était il y a neuf ans.La suite, je vous l'ai déjà conté.

J'avais abandonné mon dur labeur, écœuré au point de préférer souffrir de la faim que renflouer les poches de ce prétendu Roi. Je passais alors tout mon temps dans la taverne, exaltant ma haine entre deux traits d'eau-de-vie de cassis. Et dans cette hargne séculaire, je pensais aussi à cet autre homme, dont personne ne se souvient de son nom, lui qui était l'unique semblant de révolte et d'espoir d'Eagletree. C'est le seul qui avait réussit à cacher une épée suffisamment longtemps après la législation de Lloyd sur l'interdiction de port d'armes contondantes et tranchantes. Suffisamment longtemps, pour tuer à peine une vingtaine des gardes qui surveillaient la demeure du Roi. Quand il s'apprétait à rentrer dans la chambre de sa cible, il fut planté par une quarantaine d'autres hommes. Au final, son corps aurait été balancé dans un canal, retrouvé par une fermière, qui aurait trouvé un parchemin explicatif sur le corps du gars, et qui l'aurait enterré sous un platane. C'est drôle, quand une forme quelconque d'espoir daigne essayer de changer les choses, et finit souvent empalée dans un coin obscure de votre conscience, complètement abandonnée, à attendre qu'on l'enterre (si on a pas oublié d'ici là).

Trois heures du matin. Tandis que le clocher sonne, je décide de rentrer. Pas par le chemin habituel, ni par un raccourcis, juste par envie. C'est le pas trébuchant qu'une fois encore j'imagine les pires scénarios de mort de ce connard de Lloyd : asphyxie, poison, écrasement, nimporte quoi, mais une mort. Je m'enfonçait peu à peu dans une forêt épaisse de tilleuls, là où je vivais autrefois avec ma famille. Mon frère disparu du jour au lendemain, mon père partit dans une autre comté fuir la dictature, et ma mère mourut de vieillesse il y a quelques mois. Je me rapprochait, d'après mes souvenirs, de cette petite maison simple, pour des paysans simples, mais honnêtes. Après quelques minutes, ça y est, je la vois ! Posté au bords de l'eau, il était là, le symbole de mes convictions. Je m'assis simplement au sol, dos contre la porte, contemplant ce qui fût notre propriété exclusive : des dizaines d'hectares de forêt. Après une petite heure de retour aux sources, je décide de rentrer.

A peine quelques mètres en avant me permettent de remarquer une incohérence dans le tableau. Juste là, ici, précisément. Que fais un platane dans cette forêt ? Je me rapprochais de l'imposant bois centenaire, et là, le flash. « Et si ... » Au début ce genre d'hypothèse n'a ni goût, ni odeur. Et pourtant, on ne peut pas s'empêcher d'en trouver, de se forcer à comprendre, même s'il est parfois bien mieux de passer de ne pas se poser de question. Je retrousse alors mes manches, et commence à gratter la terre qui, tassée par la pluie et les vents, est devenu une vraie pierre, mais je continue. Je continue, encore. Juste un peu. Après trente centimètres, ça devient encore plus compact, il faut redoubler d'efforts. Les doigts commencent à saigner, mais je m'en moque, une réponse se trouve peut-être sous ces quelques kilos de terre. Après cinquante-cinq centimètres, on tombe facilement sur de petits cailloux, qui se glissent furtivement sous les ongles. Il n'y a rien de plus fourbe. D'ailleurs, deux viennent de s'arracher en heurtant de front ces saloperies. Mais je dois continuer. Et à soixante-treize centimètres, il arrive de trouver un cadavre. Alors on redouble d'efforts, au point d'avoir tous les doigts complètement éclatés de sang, dont les douleurs extrêmement aiguës en viennent à frapper douloureusement vos tempes. Après quoi, le corps était bien là, tenant une épée presque mythique dans son fourreau, pleine de sang.

Je la prit alors, l'admira un temps, puis me résigna à me diriger vers la demeure du Roi, où je trouverai indéniablement l'échec. Tout comme mon frère.

mardi 22 juillet 2008

Et puis, plus rien.

Sept secondes. Bien que je ne pouvais pas les voir, je ressentais les nombreux regards qui convergeaient vers moi, emplis de haine et de rancœur, pour si peu de choses.

Six secondes. La chaise sur laquelle j'étais comme ancré était vraiment inconfortable, le visage voilé et humidifié.

Cinq secondes. L'enfance défile devant mes yeux. Mon enfance, faite de souvenirs, de l'insouciance et de l'innocence. Des images simples propulsées qui, dans mon esprit, prenaient tout leur sens. C'est passé bien vite, trop, peut-être.

Quatre secondes. Parmi les souvenirs, le plus récent revint. J'avais vingt ans, depuis quelques heures, et la fête battait son plein, aspergeant les murs de mon studio de vapeurs festives, d'éclats de rires et de la présence chaleureuse de mes meilleurs amis qui m'entouraient. Ce jour là, je compris que je n'oublierais jamais cet anniversaire, et je ne croyais pas si bien dire.

Trois secondes. Dans la masse des conviés, il y avait cette femme. C'est bizarre, mais je n'avais pas le souvenir de l'avoir invitée. Je la détestait. Avec ses airs de fille de joie superficielle dont les seules intentions devaient sans doute être d'aguicher la gent masculine. Mais en vue de ses mensurations idéales, et avec le climat de la fête, il aurait été tellement dommage de laisser passer une occasion pareille. Après quelques verres, je l'invitais alors dans ma chambre, oubliant complètement ma rancœur légendaire pour sa personnalité immature.

Deux secondes. Nu, son corps était encore plus magnifique, exposant à l'air libre la cambrure légère de ses cuisses et sa poitrine parfaite. Et on est passés à l'acte. La musique de la soirée, déjà étouffée par la porte fermée, était donc difficilement audible, couverte en plus par les sons orgasmiques qui s'extirpaient par à-coups de la gorge de la bonne femme. J'en déduisais logiquement que les autres convives, tout aussi heureux, n'entendaient absolument rien de notre folie de besoins charnels. Au paroxysme du plaisir, j'étais comblé. Trop comblé. Pour éviter à mon plaisir de s'effacer, j'ai pris lentement mon Beretta, posé négligemment sur la table de nuit. Elle, elle était encore trop concentrée sur mes va-et-viens toniques qui faisaient se mouvoir toute sa chair blanche, accompagnés par les doux sons d'une femme en jouissance totale. Si concentrée, qu'elle ne comprit pas lorsqu'un canon métallique froid rentra dans sa bouche, éclatant quelques dents au passage. Petite pétasse. Elle n'a pas comprit non plus lorsqu'après une pression de la détente, la culasse du revolver recula, la détonation surgit de l'obscurité, projetant une balle brûlante de neuf millimètres, qui défonça la tête de cette femme que je haïssais. A ce moment là, j'étais le plus heureux des hommes, et je riais, euphorique. J'entendis alors la musique se couper, des murmures monter, des bruits de pas précipités derrière la porte. Porte qui s'ouvrit, larguant dans la pièce des amis alcoolisés, qui m'approchèrent, appréhendèrent le reste de la putain dans mon lit. Certains fonçaient sur moi pour me ruer de coups, d'autres pleuraient. Et malgré tout, je riais, j'étais heureux, moi.

Une seconde. Quelle belle soirée ! Moi, je ne regrette pas.

Stop. « Paye pour ton crime, connard ! ». Et puis, plus rien.

La Logique du pire.

«- Allumez-moi ce foutoir, on voit rien, ici !»
Deux espèces d'anorexiques accoururent, surgissant de derrière la minable prestance que donnait le petit, vieux et gros bonhomme, apparemment déjà énervé, affublé d'un costard deux pièces trop propret et trop serré. Qui était-il pour donner des ordres ? Ca, les deux maigrichons ne le savaient pas, et, à dire vrai, ils ne voulaient sans doute même pas chercher à le savoir, pour peu qu'ils eurent leur paye quotidienne, généreusement garnie en billets de trois chiffres. En parlant des deux maigres, ils étaient étrangement identiques, à un point presque effrayant. Mal rasés, les cheveux ras, vêtus du même uniforme gris criblé de taches de cambouis et d'autres substances salissantes dont la nature n'était même pas souhaitable. Ah. J'oubliais, une chose qui les différaient. Sur l'un était écrit "Staff 411", sur l'autre, "Staff 911", en grosses lettres jaunâtres.
«- Alors ! J'suis pressé moi, merde !
- Voila, tout de suite. dirent les deux ouvriers de la même voix monocorde.»
Ils pressèrent chacun un bouton qui, dans le murmure d'un raclement de couteau rouillé, allumèrent une série de néons d'usines. Qu'est-ce qu'il était haut, le plafond. Après de multiples grésillements, les lampes furent enfin péniblement opérationnelles, dévoilant un semblant de hall d'hôpital désaffecté dans lequel se tenaient les trois hommes. Les murs étaient rongés par de la rouille noire, formant une strate malpropre, parcouru par un réseau de tuyaux dont plus de la moitié devaient probablement être inutilisables, en vu de la quantité de fuites qu'il y avait, larguants inopinément des gerbes de vapeurs et de gaz âcres. Finalement, le sol était jonché de seringues écrasées, de tessons de bouteilles et de caisses éventrées. Seul le mur opposant l'entrée du hall était d'une propreté convenable, exposant fièrement une armada de consoles armées de boutons, de leviers, et d'écrans, tous reliés par des fils électriques artisanaux d'où menaçaient de s'en extirper de furtifs éclairs tentant inlassablement de vous chatouiller. Tout ces câbles grossiers convergeaient vers trois dômes métalliques plantés dans le sol d'où s'échappaient des gargouillements écœurants, mêlés des grésillements que l'énorme console provoquait.

«- Alors, ça donne quoi ? J'espère que vous avez pas fait n'importe quoi, pas comme la dernière fois. J'vous retiens avec vos conneries d'avant ! éructait le petit gros, à croire que ce caractère avait été écrit dans son génome.
- Trois prototypes. répondit Staff 411 ponctuant par une toux sèche. Et non pas que je le discrimine en ne citant que ce qu'il y avait écrit sur son uniforme, mais c'est tout simplement que je ne connais pas son véritable nom, s'il s'avérait qu'il en avait un.
- Et quoi d'particulier ?
- On a ... essayé de varier. Pour avoir plus de choix. Et ... de varier ...
- Mais la ferme ! Crétin ! Bon toi, hop, montre moi ça qu'on règle c't'histoire en vitesse.»
Le vieux poussa Staff 911 près de la console. Enfin, pousser, le terme est exagéré. Sa petite taille laissait deviner le cruel manque de force physique qu'il avait et, vu l'énergie qu'il déploya pour tenter de balancer l'ouvrier sur la machine, je me demande s'il n'y est pas allé tout simplement de lui-même. Il appuya alors sur un bouton, parmis la cinquantaine qu'arborrait le premier tableau de commande. L'un des trois dômes s'ouvrit dans un crissement de pneu, trahissant l'âge du système d'ouverture de la coque métallique, exposant ainsi une cloche de verre remplie d'une espèce de formol verdâtre. Une chose plus ou moins organique flottait, plantée par cinq ou six tubes épais qui rejoignaient la base de l'espèce d'oeuf.
«- C'est le premier modèle. Un tripède, avec quatre-cent quatre-vingt muscles.
- Mais ? le vieux cherchait l'erreur, armé de sa langue de vipère.
- Bah ... pas de possibilité d'évolution. On a tout essayé, mais ça marche pas.
- J'en ai rien à faire de ce truc alors ! J'veux m'amuser, moi. Bon, et le deuxième ?»
Encore une fois, Staff 911 ouvrit un des dôme, le deuxième, avec exactement le même bruit strident d'ouverture et exactement le même liquide dégueulasse qui stagnait. Seul le modèle était différent. Ce n'était pas un bipède, mais une bestiole rougeâtre à l'aspect cahoutchouteux, renfermée sur elle même, formant un semblant de boule de papier froissée jetée à côté d'une corbeille.
«- Quadripède. Sept-cent deux muscles. Evolution de l'espèce spontanée. C'est le deuxième modèle de la série.
- Et ça cache ? encore à chercher l'erreur.
- Une santé instable.
- On sait pas ... pourquoi, commentait Staff 411.
- Alors montrez-moi ça, bande d'incapables, je vous paie pas pour que vous me balanciez des verdicts infondés !»
Staff 911 s'exécuta, appuyant sur plusieurs boutons. Sur l'un des écrans de la machine apparu un zéro précédé de la mention "Années".
«- Règle sur quatre-cent mille... ça. Suffira, souffla l'autre ouvrier.»

Autre série d'enclenchements d'interrupteurs, confirmée par un rabaissement d'un petit levier, provocant un bruit sourd de turbine lancée à toute vitesse, provenant d'un sous-sol profond. L'écran devenait ainsi compteur, faisant défiler des chiffres de plus en plus rapidement. Le vieux regardait fixement la bestiole renfermée dans le liquide, croquant frénétiquement dans un sandwich dont le gras s'étalait sur les joues de l'affreux bonhomme. La chose, petit à petit, bougeait, grandissait, avec une protubérance qui surgissait par ci, une autre par là, des couleurs changeant, passant du rouge vif à une palette de peintures chatoyantes, des écailles remplacées par des plumes, et toute une fantastique succession de transformations.
«- Ving-mille deux-cent douze. Ca commence, dit soudainement Staff 911 à ses deux autres acolytes, à se demander comment il avait pû distinguer un nombre à cinq chiffres sur un compteur lancé à toute vitesse.»
A ces mots, la bestiole commença à s'étouffer, ne grandissait plus. Ses couleurs se ternirent jusqu'à ressembler à une pâle photographie monochrome. La bête, s'écrasant sur elle-même, finit par se nécroser complètement avant de se dissoudre dans le liquide, avec pour seul héritage quelques cendres et tripes noircies. Staff 911 arrêta alors le compteur.
«- Quel travail de merde... bon, montrez-moi l'troisième, poursuivait le vieux, épongeant maladroitement ses joues du gras qui s'y était déposé. Et dites-moi tout de suite c'qui va pas, pas qu'on perde encore plus de temps !»
Le dernier œuf artificiel s'ouvrit alors.
«- Bon bah ... un bipède, évolution vraiment lente. Avec un potentiel de civilisation possible.
- Et combien de muscles.
- On a pas compté mais. Pas ... beaucoup. répliqua Staff 411. C'était un drôle de gars, lui, à parler comme au ralentis, coupant ces phrases subitement, ou les ponctuant d'un bâillement spontané.
- Toujours le prétexte pour m'énerver. Y'a pas quelque chose de marrant avec eux ? Pas qu'on s'emmerde comme avec vos précédentes trouvailles, là.
- Dinosaures ... Dinosaures. répéta l'ouvrier en balbutiant.
- Je te d'mande pas de m'corriger, mais de m'répondre, crétin !
- Euh ... ils sont crédules, lança timidement Staff 911, comme pour sauver l'autre ouvrier de la colère du minable patron. Et risquent de détruire la planète. Mais ça va être long et ...
- Parfait ! J'les veux ! Envoyez-les ! Ahâh, on va se marrer, les gars ! coupa l'homme hargneux, dont les mouvements de ses zygomatiques ternissaient un peu plus son visage, le rendant presque dément.»
Les deux ouvriers ne cherchèrent pas à comprendre cette éruption de rires qui ne collait décidément pas à la prestance cynique que donnait le petit vieux. Staff 411 profita alors de ce moment de répits pour sortir un morceau de haschich qu'il effrita vigoureusement avant de rouler un joint, et de le fumer goulûment, avec la délivrance du toxicomane en manque. Dès lors, curieusement, il ne sembla plus mal à l'aise, et ses bâillements chroniques avaient disparus.

«- On fait quoi avec les modèles précédents ? demanda Staff 911
- Les dinosaures ? Faites les sauter.
- Comme le Big-Bang ?
- Mais crétin ! Tu veux refaire sauter l'univers ?! Je t'demande juste de virer c'qui a de vivant sur la planète, sans rien casser d'autre. Donc t'envois quelque chose de plus léger, comprit ? le gros redevenait l'espace de quelques secondes le hargneux au visage rougeoyant.
- C'est bon ... j'ai compris.»
Sans signes d'énervements ni de lassitudes, Staff 911 obéit. Il pianota une nouvelle fois sur les boutons. Deux des dômes se fermaient, laissant, seul, le dernier, encore exposé. Il le fit vider de son liquie, et l'oeuf mécanique rentra dans le sol, lentement, toujours dans le même crissement de pneu. Un autre vacarme en provenance du sous-sol laissait imaginer l'imposante machinerie à laquelle le modèle trois était livré, fait de sombres cliquetis et de bruits de compressions.
«- Je règle deux sur dix-sept.»
Et il continua de plus belle sa musique sur l'ordinateur avec une hallucinante dextérité, des commandes s'affichant sur les écrans, des noms rouges, blancs, verts, chiffres et mots défilant à la verticale, à l'horizontale, dans des cadences lentes ou diablements rapides; un véritable manège informatique.
«- Le missile incubateur est prêt. Préparation de la visée.»
Par une pression d'un énième levier, l'un des écrans des plus titanesque s'affaissa, laissant place à une épaisse baie vitrée donnant la vue d'un spectacle démentiel. Dehors, tout était fait de noir profonds, taché de points scintillants, parfois blancs, d'autres rouges, et encore, quoique plus rares, quelques jaunes. Une imposante sphère bleue et verte surgit alors depuis le haut de la fenêtre. Que ça devait être bon, de pouvoir se mouvoir aussi librement dans cette scène de spectacle nocturne !
«- Visée confirmée.
- Envoie. Envoie. répéta le gros, omnibulé par le paysage.»

Finalement, Staff 911 acheva alors brusquement sa sonate par une ultime pression sur un des interrupteurs. Le hall tout entier fût alors prit de tremblements, les lumières vacillèrent frénétiquement avant de s'éteindre complètement. Depuis le sous-sol provenaient des bruits de crépitement de dynamos titanesque, d'imposantes bobines de teslas, de réacteurs à plasma, et d'alarmes en tout genre. Derrière la baie vitrée, on pouvait alors voir un imposant missile noir s'échapper lentement, son réacteur crachant des gerbes terrifiantes de flammes dans l'espace silencieux. Le missile se détacha alors, et on le vit partir droit sur la planète bleutée, dans une direction rectiligne. Plongés dans le noir, les trois hommes regardaient le spectacle; les deux ouvriers fumant leur joint, et le petit, vieux, et gros, souriant. Au fur et à mesure, le missile se rapprochait de son objectif, et devenait de plus en plus petit. Seul le tracé étincellant qui le précédait trahissait son trajet.
«- Le modèle trois est dedans. Dans quelques millénaires, l'hibernation sera achevée... ajouta Staff 411, mouvant ses lèvres dans l'épais nuage de fumée qui s'évadait de sa bouche.»
Mais le gros n'en avait apparemment plus rien à faire, de ces détails. Il était comme pour la première fois, avec les dinosaures. Tel un enfant, il aurait voulu voir de plus près jusqu'à coller son visage joufflu sur la fenêtre et, de ses doigts potelés, déterminer les quelques kilomètres qu'il restait au missile à faire pour percuter la planète. Et dans le noir total, il attendait, encore, et encore. Le temps parraît long, dans une telle attente. Moi, j'ai laché mon balais un moment, pour admirer de loin, sans que le vieux ne m'apperçoive, le spectacle, à me demander quand est-ce qu'enfin la bombe allait exploser. Dans ce genre de scène, le temps passe lentement, et on se demande si on ne rêve pas et qu'en fait, jamais, oui, jamais, le projectile touchera la cible...J'attendais, je guettais, les yeux écarquillés, dans ce lieu sombre et insalubre, théâtre du summum de l'inconscience et de la folie. Mais j'admirais, en totale contemplation, vil spectateur que j'étais. Et j'attendais, encore, encore... Finalement, le missile percuta la sphère bleutée, provocant une explosion dantesque, dont la déflagration atteignait le hall moisis, l'éclairant vivement par sa force destructrice.
«- Et la lumière fut ! cria le petit gros.»

Hep !

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