« Je t'aime, Lloyd. » Ca, c'est ce que je me répète constamment quand je le crois, les yeux rivés sur mes mocassins et m'efforçant de maintenir mes deux mains bourrues dans la terre, à cueillir des carottes, plutôt que d'empoigner le maigre cou de cet homme de toutes mes forces. Depuis une dizaine d'années il me semble, Lloyd a prit le contrôle d'Eagletree par un complot. Depuis, les paysans s'efforcent de vivre entre les pots-de-vins et le prolétariat. Imaginez un peuple devenu vide de combattivité, d'ambitions, qui préfère jouer les marches-pieds, et vous voilà dans ce qu'était mon village. Au début, tout allait bien, pourtant.Lloyd était sur le point de devenir Roi de la comté voisine, et entretenait des relations plutôt amicales avec les petits commerces naissants d'Eagletree Ce n'est qu'après son lourd échec alors qu'il devait porter à sa tête la couronne portant un aigle d'émeraude, qu'il revint au village, forcer le pouvoir en assassinant. C'était il y a neuf ans.La suite, je vous l'ai déjà conté.
J'avais abandonné mon dur labeur, écœuré au point de préférer souffrir de la faim que renflouer les poches de ce prétendu Roi. Je passais alors tout mon temps dans la taverne, exaltant ma haine entre deux traits d'eau-de-vie de cassis. Et dans cette hargne séculaire, je pensais aussi à cet autre homme, dont personne ne se souvient de son nom, lui qui était l'unique semblant de révolte et d'espoir d'Eagletree. C'est le seul qui avait réussit à cacher une épée suffisamment longtemps après la législation de Lloyd sur l'interdiction de port d'armes contondantes et tranchantes. Suffisamment longtemps, pour tuer à peine une vingtaine des gardes qui surveillaient la demeure du Roi. Quand il s'apprétait à rentrer dans la chambre de sa cible, il fut planté par une quarantaine d'autres hommes. Au final, son corps aurait été balancé dans un canal, retrouvé par une fermière, qui aurait trouvé un parchemin explicatif sur le corps du gars, et qui l'aurait enterré sous un platane. C'est drôle, quand une forme quelconque d'espoir daigne essayer de changer les choses, et finit souvent empalée dans un coin obscure de votre conscience, complètement abandonnée, à attendre qu'on l'enterre (si on a pas oublié d'ici là).
Trois heures du matin. Tandis que le clocher sonne, je décide de rentrer. Pas par le chemin habituel, ni par un raccourcis, juste par envie. C'est le pas trébuchant qu'une fois encore j'imagine les pires scénarios de mort de ce connard de Lloyd : asphyxie, poison, écrasement, nimporte quoi, mais une mort. Je m'enfonçait peu à peu dans une forêt épaisse de tilleuls, là où je vivais autrefois avec ma famille. Mon frère disparu du jour au lendemain, mon père partit dans une autre comté fuir la dictature, et ma mère mourut de vieillesse il y a quelques mois. Je me rapprochait, d'après mes souvenirs, de cette petite maison simple, pour des paysans simples, mais honnêtes. Après quelques minutes, ça y est, je la vois ! Posté au bords de l'eau, il était là, le symbole de mes convictions. Je m'assis simplement au sol, dos contre la porte, contemplant ce qui fût notre propriété exclusive : des dizaines d'hectares de forêt. Après une petite heure de retour aux sources, je décide de rentrer.
A peine quelques mètres en avant me permettent de remarquer une incohérence dans le tableau. Juste là, ici, précisément. Que fais un platane dans cette forêt ? Je me rapprochais de l'imposant bois centenaire, et là, le flash. « Et si ... » Au début ce genre d'hypothèse n'a ni goût, ni odeur. Et pourtant, on ne peut pas s'empêcher d'en trouver, de se forcer à comprendre, même s'il est parfois bien mieux de passer de ne pas se poser de question. Je retrousse alors mes manches, et commence à gratter la terre qui, tassée par la pluie et les vents, est devenu une vraie pierre, mais je continue. Je continue, encore. Juste un peu. Après trente centimètres, ça devient encore plus compact, il faut redoubler d'efforts. Les doigts commencent à saigner, mais je m'en moque, une réponse se trouve peut-être sous ces quelques kilos de terre. Après cinquante-cinq centimètres, on tombe facilement sur de petits cailloux, qui se glissent furtivement sous les ongles. Il n'y a rien de plus fourbe. D'ailleurs, deux viennent de s'arracher en heurtant de front ces saloperies. Mais je dois continuer. Et à soixante-treize centimètres, il arrive de trouver un cadavre. Alors on redouble d'efforts, au point d'avoir tous les doigts complètement éclatés de sang, dont les douleurs extrêmement aiguës en viennent à frapper douloureusement vos tempes. Après quoi, le corps était bien là, tenant une épée presque mythique dans son fourreau, pleine de sang.
Je la prit alors, l'admira un temps, puis me résigna à me diriger vers la demeure du Roi, où je trouverai indéniablement l'échec. Tout comme mon frère.
Brocolis parmis tant d'autres ...
A moins de n'avoir été recommandé par une de vos connaissances, vous ne savez probablement pas le rôle des Brocolis Cosmiques. Au risque de répéter un certain David en vous disant que la "vérité est ailleurs", je vous informe simplement que les Brocolis publieront ici chaque semaine une nouvelle écrite par moi-même. Bonne lecture !
dimanche 27 juillet 2008
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